La publication de la revue Le Voyage en Grèce apparaît comme une des aventures éditoriales les plus accomplies du xxe siècle. Les onze cahiers périodiques qui parurent entre 1934 et 1939 (auxquels s'ajoute un dernier fascicule, Messages de la Grèce, en 1946) furent édités par Hercule Joannidès, directeur de la Société Neptos qui assurait la représentation des bateaux de l'armateur Léonidas Embiricos, pour « créer un lien entre la Grèce et ses voyageurs par l'intermédiaire des écrivains, des artistes et des savants contemporains ». Le résultat de cette exceptionnelle ouverture, qui eut pour effet de marier le classicisme aux avant-gardes, dépassa de loin ce qu'on aurait pu attendre d'une entreprise à but initialement touristique. Dès 1930, dans les Cahiers d'art, Tériade exprimait ses réserves à l'endroit du surréalisme : ce recul l'amènera à quitter, quelques années plus tard, le comité éditorial de la luxueuse revue d'art Minotaure, fondée en 1933 avec Albert Skira. Lorsqu'il devient en 1934 le conseiller artistique du Voyage en Grèce, revue créée et financée par Hercule Joannidès, Tériade est libre de toute allégeance. Avec son compatriote Joannidès, il fait dialoguer l'art, la littérature et l'archéologie dans un esprit de synthèse sans précédent, en faisant appel à des collaborateurs venus de tous les horizons : Le Corbusier, Giorgio De Chirico, Pierre Reverdy, André Derain, Gustave Fougères, Pablo Picasso, Georges Braque, Roger Caillois, Marguerite Yourcenar, Jean Charbonneaux, Jacques Prévert, Roger Vitrac, Henri Matisse, Hubert Pernot, Raymond Queneau, Fred Boissonnas, Michel Leiris, Pierre de La Coste-Messelière, Fernand Léger, François Mauriac, Jean Cassou, Waldemar Deonna... Six années durant, Joannidès, le Grec d'Asie mineure doublement exilé de sa patrie, bâtit une Grèce idéale à l'aune de sa nostalgie. Jamais autant de talents, d'une telle diversité, n'avaient été réunis, dans des pages soudées par l'esprit et par la perfection formelle. Pour la plupart Français, mais également Suisses, les auteurs du Voyage en Grèce édifièrent une arche incomparable en hommage à la civilisation hellénique, de l'Antiquité à l'époque contemporaine. À côté de son intérêt esthétique, Le Voyage en Grèce présente une dimension historique et sociologique : prioritairement destinée aux passagers du Patris II, le bateau de croisière de la compagnie Neptos, elle fait la promotion de ses itinéraires archéologiques, organisés sous le patronage des Musées nationaux et de l'École du Louvre : les noms des collaborateurs de la revue figurent pour la plupart sur la liste des passagers et des conférenciers de ces croisières. On ne saurait oublier que cette entreprise exemplaire fait, inévitablement, oeuvre de propagande. Si le défilé des sites archéologiques restitue un panorama fiable de l'état des fouilles dans les années 1930, le portrait de la Grèce contemporaine, celle de la dictature de Métaxas, ne se dessine qu'en creux. La publicité alimente Le Voyage en Grèce, qui se fait ainsi l'écho d'une vitrine de luxe où se découpent les façades de l'Hôtel de Grande Bretagne, de diverses banques et fabriques de cigarettes - sans oublier l'annonce du 31e Congrès International Olympique, pour fêter le 40e anniversaire du rétablissement des Jeux Olympiques. Πηγή: https://www.fabula.org/actualites/le-voyage-en-grece-1934-1946_8921.php

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  • Le Voyage en Grèce - 1934-1946 

    Société, Neptos; Joannidès, Hercule (Société NeptosΒιβλιοθήκη Πανεπιστημίου Κύπρου, 1934)